Les yeux de Marie

Championnats du monde de Biathlon 2020 à Antholz-Anterselva

couverture

Les chroniques avant courses de Marie sur la chaine l'équipe

  Le Relais mixte simple
podium Anterselva, Antolz.
C’est le son de l’Italie avec un accent autrichien. C’est les pâtes al dente et le goût du sang dans les bronches.
C’est l’altitude qui pulse dans nos veines, limitant la puissance de nos jambes.
A Anterselva j’ai fait mon premier 10 sur 10 en coupe du monde. C’est aussi là que je me suis sélectionnée pour les JO de Vancouver, que j’ai reskié après une blessure juste avant ceux de Sochi et enfin, 4 ans plus tard que j’ai gagné ma place pour le sprint de Peyong Chang.
C’est à Antolz que je me suis aperçue que j’étais enceinte d’Adèle en m’observant dans la glace.
Stade magnifique, piste magnifique, montagnes enchanteresses, symbole du début et de la fin de ma carrière.

A Antolz, il y a un long col qu’on gravit les jours de repos pour glisser sur les pistes d’altitudes croisant la frontière Autrichienne. Pour l’atteindre, il faut traverser un lac gelé qui se voile de brume les soirs d’hiver.
Quand on rentre de cette sortie, gelés mais contents, on salive à l’odeur de cuisine qui embaume l‘hôtel. Et les pâtes s’invitent à table. Al dente, coquillages, farfalles, tortillons, spaghettis…. Alors les langues claquent et les fourchettes chantent.
Antolz c’est le bout d’une vallée silencieuse qui accueille 30000 personnes bruyantes venues encourager leurs champions.
Dans les cahutes du village, les propriétaires transforment leurs granges en bar de fortune pour animer la fête une fois la nuit tombée. Généralement on y croise que les athlètes qui ne sont pas sélectionnés pour le reste des compétitions ! Au début, j’y allait moi aussi.… Depuis des années, Anterselva participe à la mémoire du biathlon, voyant s’épuiser sur sa piste faussement plate des générations de biathlètes. Parce que la ligne d’arrivée est loin à Antolz, en vérité on dirait même qu’elle recule exprès et pousse les athlètes aux limites de leurs corps. Si bien que cette ligne ressemble souvent à un cimetière, hommes et femmes étalant leurs corps marqués à même la neige, cherchant désespérément à retrouver leurs souffles.
Sous un soleil éclatant, Martin a gagné à Antolz, Quentin a gagné à Antolz, Nanas a gagné à Antolz. Cette semaine c’est la fête à Antolz pour toutes ces raisons

Sprint femme :
Anais Nanas

Notre aventure à Nanas et moi a commencé en 2011.
Je pose le contexte : Ostersund, fin novembre. Nuit de 14h à 9h, presque nuit le reste du temps. Tout à cette période invite à confire dans nos lits. Emballées sous nos couettes, nous lisions en silence les mots de nos livres.
Moi je lisais « Les royaumes d’épine et d’os » et Nanas juste à côté dévorait les aventures de « ténébreuse ».
Par une belle après-midi de nuit scandinave, elle ou moi ou peut-être nous avons commencé à nous raconter nos lectures. Et le temps s’est accéléré et il était déjà l’heure de rentrer. Comme ça nous avait bien plu, nous nous sommes jetées sur nos livres pour avoir quelque chose à nous raconter le lendemain.
Voilà.
Le rituel était lancé et allait perdurer toutes les années suivantes.
De ce goût pour les histoires s’est ajouté la découverte du monde de l’autre.
Voici donc ma Nanass, la vraie sous sa carapace.
La Nanass aime faire des blagues en forme de jeux de mots. Le temps que je comprenne je me marre longtemps après. Et du coup elle se marre que je me marre et ensembles nous nous marrons beaucoup.
La Nanass aime le bazar. Mais elle fait des efforts avec moi rien que pour moi ce qui me touche beaucoup.
La Nanass a un sommeil difficile, et elle met son matelas sur la moquette pour dormir par terre.
Tous les débuts de nuit entre nous deux commençaient comme ça :
« bonne nuit cette nanas, bonne nuit cette ririe, bonne nuit cette nanass qui aime bien cette riri, bonne nuit cette ririe qui aime bien cette nanas ».
La nanass, aime se brosser les dents sous la douche sans allumer la lumière.
La nanass aime jouer aux jeux de société et organise des parties intercontinentales avec d’autres athlètes, surtout canadiens.
La nanass aime regarder des daubes à la télé. Mais pour lui faire plaisir je lui dis que le film qu’on vient de voir est très bien.
La Nanass est sensible, elle caresse le coin d’un oreiller en regardant un film.
La Nanass dégage une chaleur impressionnante et parfois c’est impossible de rester à côté car elle se métamorphose en radiateur.
Parfois la Nanass est en colère. Ces moments-là, elle se transforme en nanasausorus rex et le mieux est d’attendre qu’elle se calme toute seule car le moindre mot prononcé nourrit la bête.
La Nanass a surtout une force mentale assez impressionnante et quand elle a décidé un truc, la chose se produit.
La Nanass adore Antolz. Parce qu’à Antolz elle a gagné SA coupe du monde, remontée comme un coucou, sans que rien ni personne ni Daria Domracheva de la grande époque ne rivalise avec la puissance de ses relances.
Bref. Nanas c’est la vie, c’est l’amour, c’est une force de la nature.
Surtout Nanas s’est une vraie copine. Allez ma Nanas, met la louche aujourd’hui.
Sprint homme :
QuentinQuentin :
Si je devais garder en mémoire une phrase que Quentin m’ai dite je donnerai celle-ci :
Un matin à Ruhpolding, alors que j’essuyais une nouvelle mauvaise nuit, les yeux encore entourés d’insomnie, je pose mon assiette à côté de celle de Quentin. Il me regarde et me demande « Pourquoi tu dors mal ? »  Je ne sais pas. « Bah moi quand je suis fatigué je dors » Ajoute t-il.
Ha. Oui. Effectivement. Vu comme ça c’est facile. Pratique comme fonctionnement. Du coup, j’imagine que quand tu as faim tu manges, que quand tu as envie de pisser tu pisses. Que quand tu veux gagner, tu gagnes.
Si on tape sur internet la définition de Pragmatique voici ce qu’on peut lire :
« Qui envisage les choses sous leur aspect pratique, du point de vue des faits ».
Je trouve que cela lui va bien. Pour moi Quentin est comme ça : efficace, sans chichi, droit.
Calme.
La plupart du temps car je ne le connais pas assez mais je le suspecte d’être en réalité un peu nerveux. 
Un jour, au moment de charger le bus à la fin d'un entraînement, j’avais malencontreusement laissé les clés dans le camion qui s’était subitement refermé ; Tout seul évidemment.
Du coup j’étais là comme une andouille à bidouiller la serrure, crochetant avec un cintre le loquet par la fenêtre tout en réfléchissant au dernier film de Mac Giver. Et Quentin qui observait mes échecs successifs s’est subitement énervé et a tapé je ne sais plus trop comment sur le camion qui lui a répondu très favorablement en s’ouvrant.
Efficace. Précis. J’aurai dû noter où il tapait pour une prochaine fois mais j’ai juste ouvert la bouche comme un poisson béat.
Depuis ce jour j'ai toujours pensé que Quentin ne s'embarrassait pas de choses inutiles et allait à l'essentiel.
Enfin Quentin est souriant. Toujours. Après chaque course il avait un mot gentil et félicitait toutes les performances. Et lorsqu’il gagne, le sourire qui éclaire son visage est communicatif. Il connait le prix de l’effort, il paie son lot de douleur et sait aller chercher au fond de lui cette force qui le caractérise.
C’est un battant Quentin. Ils le sont tous mais peut être lui plus que tous encore.
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Mass start homme et femme :
Martin Martin :
Martin fait partie de ces mecs qu’on a connu « gamin ». En fait je le mets entre guillemets car Martin je le connais depuis que j’ai 15 ans. Et à 15 ans, il avait 13 ans et du coup on avait un écart d’âge monstrueux. Il était donc à mes yeux relégués aux rangs des « gamins » sans doute parce qu’à cet âge les filles sont bien plus mûres que les garçons. Le Martin-gamin parlait tout le temps. Stéphane Boutiaux l’avait même baptisé « gueule à ressort ». Une vraie pipelette qui se mêlait de tout, surtout de ce qui ne le regardait pas, et qui de fait était le chouchou de ses dames beaucoup plus vieilles dont je faisais partie. Le genre de petit-frère collant un peu chiant mais attachant.
 
Un jour, me retrouvant face à lui, je me suis rendue compte que le gamin avait disparu. J’étais face à un homme. Je me suis demandé comment la mutation avait pu se produire aussi rapidement sans que je m’en aperçoive. Mais plus je l’observais et plus il était un homme qui n’avait rien à voir avec Martin gueule à ressort. Et je partageais avec cet homme des entraînements quotidiens depuis déjà un certain temps.
Puis une nouvelle mutation s'est produite.
Paf, le voici en papillon : superbe, déployant ses ailes au-dessus du stade de tir pour régner des années durant sur le monde du biathlon.
Ce genre papillons-là est rare, on suit de nos yeux rêveurs leurs vols magnifique. Parce qu’il y en a peu des papillons comme ça. Moi des Martin j’en connais qu’un. Dans ses performances et la maîtrise absolue de toutes les composantes de sa discipline. Il met à profit ses talents et son intelligence pour élever son niveau et enchaîner les victoires.
Mais ce n’est pas ce qui m’impressionne le plus chez lui.
J’aime l’image qu’il dégage, j’aime la façon dont il règne, j’aime l’homme qu’il est devenu derrière le champion.
Parce que malgré le succès, Martin reste simple, accessible. Père d’une jolie famille, il est aussi l’ami qui aime recevoir, qui fait les mêmes blagues, qui pique-nique sur le haut de la colline de Villard, regardant le soleil se coucher dans les cheveux de ses filles.
 
Et malgré tout pour moi il n’a rien de « normal ».
A mes yeux la réussite lui donne des bras et des jambes supplémentaires, il se met d’un coup à grandir et se dote de pouvoirs magiques, je m’attends à tout moment à le voir déchirer son T-shirt pour laisser deviner enfin le S de superman gravé sur son torse. Pour l’instant je n’ai jamais vu que des poils sur des pectoraux mais j’attends. Je suis sûre que le S va se dessiner petit à petit.
Longue vie au roi Martin, ne lui coupez pas encore la tête il n’a pas dit son dernier mot !
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Individuel femme :
Justine Justine :
Mais qui est Justine ?
Un ruisseau de montagne qui saute de rocher en rocher et qui parfois se calme dans le creux de son lit. C’est Justine.
Quand Loïs (qui a cette époque entraînait le groupe junior) m’a présenté Justine il m’a dit « tu vas voir, je vais l’appeler après ses réglages et elle va nous passer devant sans nous voir ». Chose dite chose faite. Campé au milieu de la piste Loïs lui donne son groupement et Justine passe à côté de lui sans le voir, toute proche mais déjà loin.
Plus tard, lorsque je suis retournée sur la coupe du monde après la naissance de ma fille, nous sommes allées courir toutes les deux. Et dans le bois sombre d’Oberhof elle m’a attaquée avec des questions métaphysiques et son immense pouvoir de séduction.
Parce qu’elle a un pouvoir. Je m’en suis rendue compte.
C’est dans ses yeux. Ils sont trop perçants, trop clairs, ils nous ensorcèlent.
Par exemple, parfois elle me posait une nouvelle question difficile et j’avais la flemme de répondre. Alors elle se débrouillait pour que je croise son regard et là….. Horreur, je plongeais dedans toute entière. Piégée, j’assistais impuissante au son de ma voie répondant minutieusement à sa question. Le pire c’est que j’étais contente de le faire.
Justine et ses doutes, qui a besoin d’air pour vivre.
Sacré Justine, qu’on aimera pouvoir écrire au pluriel mais qui se rassemble en un seul caractère. Qui peut être tout et son contraire dans la même minute. Si forte et si fragile, si heureuse et si triste, si sûre d’elle et hésitante.
Qui peut dire ce qu’elle nous réserve demain ? Personne. Pas même Justine.
Et c’est ça qui nous charme, rajoutez à ça le pouvoir de ses yeux, vous avez devant vous une personne détonante et étonnante.
Surprenante Justine, je n’attends que ton regard pour exaucer tes vœux.
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Simon Simon :
Simon si c’était un animal ça serait un animal discret et gentil, genre un écureuil ou un lapin, il vivrait au fond des bois et mangerai de la salade et des fruits. Comme il est né humain, il est devenu biathlète et Il a bien fait.
Du coup pour garder des liens avec son ancienne vie lapin des bois, il le travaille le bois, fabriquant des meubles, bien réussits d’ailleurs ou des crosses de carabine pour sa chérie.
Simon donc, d’humeur plutôt égale préfère communiquer par la musique. Le piano par exemple qui s’anime sous ses doigts. Quand on est biathlète on a de la chance parce que dans les hôtels y a toujours un endroit sombre où est relegué un vieux piano, vestige de temps anciens. Et du coup dans ces endroits sombres, on peut y trouver un Simon qui joue sur les vieux pianos. Alors on écoute.
On s’assoit dans un coin sans se faire voir et on attend que les notes s’élèvent en fermant les yeux.
Quand on les rouvre Simon est parti, furtif on se demande même si c’est vraiment lui qui jouait dans le couloir. Le vieux piano est désert, capot fermé, à douter si on a pas rêvé. Alors on commence un peu à flipper parce que quand même l’endroit sans la musique est glauque donc on remonte en faisant style de pas avoir peur mais en regardant derrière en croyant avoir vu bouger le piano tout seul…
Si on veut parler à Simon d’un truc qu’il connait bien, il faut lui parler des plantes, du jardin, du travail de la terre. Enfin je sais pas trop si il aime bien mais moi j’aimais bien en parler avec lui car il connaissait des tas de trucs. C’est par exemple lui qui m’a appris à faire durer les salades plus longtemps en ne cueillant que les feuilles extérieures.
Depuis mes salades tiennent des semaines. Ça tombe bien car j’en ai qu’une ou deux qui se courent après dans le jardin. Bref, Simon c’est le mec qu’il faut s’arracher le jour où la société se cassera la figure : il sait construire, il sait comment faire pousser, il sait tirer le gibier. Le seul truc c’est qu’il est déjà pris et que sa chérie a aussi la carabine.
Enfin Simon c’est désormais un des supers relayeurs qui m’a auréolé d’or en 2018. Souvenir intense de joie partagée. Parce que ce jour-là sa course était parfaite et la médaille lui allait bien.
Depuis, Simon continue d’aller vite sur les skis, enchaînant les podiums… et les belles places d’honneur. On attend la victoire et je suis comme les autres, j’attends moi aussi en croisant les doigts des mains et des pieds parce que cette première place, à force de lui tourner autour, elle va s’abattre sur lui c’est sûr.
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Single :
Julia Julia :
La première fois que j’ai rencontré Julia c’était le même jour que Justine. Et en fait j’avoue ne pas l’avoir vue, déjà captivée par Justine. Parce qu’on ne peut pas parler de Julia sans mentionner Justine. Parce qu’une partie de sa carrière s’est déroulée dans l’ombre de l’autre. Issues du même massif, Les Saisies, de deux familles fabriquant du Beaufort, partageant leur scolarité et leur passion : le biathlon.
Mais Julia à grandit doucement, assurant ses performances grâce à son tir incisif tandis que Justine comptait sur ses poumons supplémentaires. La comparaison s’arrête là.
Cabocharde, Julia fait partie des personnes qui ne reculent pas de deux pas pour avancer d’un pas de fourmi. Autrement dit, elle simplifie, prend des décisions rapidement et assume ses choix.
A Anterselva, lors d’une séance de récupération en classic, les montagnes enneigées ont assisté à nos échanges sur le ski et notre rapport à la compétition. J’avais découvert à cette occasion une jeune femme déterminée aux idées claires et je m’étais dit que Julia irait loin, qu’elle avait en elle la détermination nécessaire pour avancer dans le monde du haut niveau. La tête était là et le physique suivrait, certains athlètes progressent petit à petit. Comblant secondes après secondes la distance entre elles et celles qui étaient déjà prêtes. Parce qu’avec un dossard sur le dos, la distance et le temps se confondent, seul compte l’écart qu’ils représentent pour monter sur un podium.
Julia à désormais gommé cet écart, elle enfile tous les jours sa tenue de combat et graisse ses balles pour atteindre son but.
Malheureusement je ne connais pas beaucoup cette nouvelle Julia, je n’ai passé avec elle que la dernière saison de ma carrière. A cette époque elle ne parlait pas beaucoup, préférant observer pour grandir. Depuis il paraît qu’elle est passée maître dans l’art de rouspéter. J’ai même eu ouïe dire qu’elle me battait à plate couture. Mon respect pour elle s’en trouve grandit car le niveau était plutôt élevé !
Allez petite Julia devenue grande, ce costume te va bien et il est bleu comme tes yeux mais qui sait ? Peut-être qu’un jour le jaune t’ira encore mieux ? 

Relais femme :
Célia Célia :
Pour moi Célia c’est ce petit bout de femme au caractère affirmé qui prend soin des autres. Je l’imagine volontiers grand-mère avec toujours une odeur de madeleine suivant ses mouvements, le sourire doux invitant à reprendre une tasse de thé. Toute calme et douce.
J’aimais bien être avec elle en chambre car sa présence était apaisante.
En vrai c’était un caillou. Célia était l’objet de mon expérience comportementale sur le sommeil.
J’observais minutieusement le placement de son corps lorsqu’elle s’endormait le soir. Je le notais et comparais avec sa position de réveil le lendemain matin.
Croyez-le ou non c’était presque toujours la même ! Un caillou ne ferait pas mieux.
Le lit encore fait. Le genre de truc qui ne pourra jamais m’arriver à moi qui me bat avec ma couette toutes les nuits.
Mais quand je dormais avec Célia, j’étais relativement apaisée. C’est le pouvoir des madeleines sans doute.
Cela dit, à force de l’espionner, j’avais fini par trouver son arme secrète. Une potion magique anti-virus (car Célia n’est jamais malade), anti froid aux doigts (car Célia n’a jamais de gants) et anti insomnie : Une petite fiole de gentiane bordant son lit.
Mais de la gentiane maison alors…. A consommer souvent mais avec modération !

Célia aime manger de l’ail et des oignons. C’est un sujet de dispute légère dans le couple Simon Célia. Homme et femme des bois, proches de la nature et des plantes qu’ils récoltent. Ils sont beaux tous les deux et je les imagine dans leur cabane en rondin à partager la gentiane devant une assiette de madeleine.

Enfin, je serai toujours redevable envers Célia pour la dernière Olympiade à Peyong Chang où nous avons partagé la chambre. Tout en haut de cet immeuble de 15 étages. Parce que pour moi cela symbolisait déjà une victoire et que pour Célia c’était une déception. Parce que malheureusement il n’y a que 4 places pour courir et que nous nous battions pour la même. Mais que c’est moi qui l’ai eu. Et pourtant, elle est restée joviale, à l’écoute, facile à vivre, sans jamais manifester un désaccord et elle m’a enveloppé de sa gentillesse et de sa douceur.
Allez Célia, ça sent la madeleine et les vapeurs de gentiane. L’heure est venue, tes doigts nus sur la détente d’abattre une à une ces cibles qui te séparent des victoires.
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Relais homme :
Emilien Emilien :
Quand émilien est né, je pense qu’il n’a pas crié mais qu’il est né avec le sourire. La banane. Il est né heureux. J’ai toujours eu l’impression qu’il dégageait une sorte d’insouciance provocante, affichant un large sourire en toute circonstance.
Emilien c’est la nouvelle génération qui passe ses récup sur des jeux vidéo en s’étirant en même temps, qui mange un hamburger et met de la levure sur sa salade, qui mêle les genres pour créer le sien de genre. Sans transition il va donc écouter La Fouine et Jimmy Hendrix et puis ensuite Rage against the machine et Vivaldi remixé par Booba. Peur de rien le mec.
En ski c’est pareil. Peur de rien.
L’été 2017, je faisais des séances de tir qui se jouent au mental style « si tu rates t’es mort ». L’objectif étant d’enchaîner 50 bonnes balles couché et 50 bonnes balles debout. A la moindre erreur le jeu s’arrête, la séance s’arrête et heureusement la vie ne s’arrête pas. Sur ce type de séances c’était l’occas de tester son mental avec une petite phrase pourrie comme « si je réussis, j’aurai une médaille aux Jeux ». Le genre de phrase à la con hyper superstitieuse qu’on regrette toute la journée.
Ce jour-là Loïs avait proposé à Emilien de faire la même séance. Emilien avait accepté.
Et non seulement il avait sans broncher mis toutes ses balles. Mais il les avait mis très rapidement. En mode machine. Sans efforts apparents.
Abattant palette blanche après palette blanche pendant que dans ma tête je me battais contre chaque balle engagée dans mon canon, n’osant plus la tirer de peur de la manquer. Suant sous l’effort et aussi parce qu’il faisait chaud.
Je ne suis même pas sûre qu’Emilien ai pensé à quelque chose, absorbé par la tâche, imperturbable.
Je l’avais envié. Le voir réussir si facilement sur cette séance où j’avais misérablement échoué, m’avait découragé.
Je me suis sentie vieille ce jour-là. J’étais l’ancienne génération pétrie de complexes alors qu’Emilien symbolisait la nouvelle. Pétillante, Arrogante, chevalier sans peur et sans reproches. Naturel amical déconcertant. Il m’indiquait gentiment la sortie « par ici madame, votre temps est passé.. »
Désormais le chevalier a gagné sa place autour de la table ronde. Siégeant aux côtés du roi Arthur-Martin, il combat fièrement et fait un bond dans la hiérarchie mondiale. Et tout cela messieurs dames, avec la banane au bout du fusil !
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Indiv homme :
Fabien Fab :
Fabien ou Fab, c’est le petit frère de Florent ou « floflo » à qui l’a précédé en équipe de france. Lorsqu’il est entré dans le groupe je l’appelais donc Floflo et inversement lorsque je croisais son frère je l’emmêlais les pinceaux en un Flab ou Florien un peu confus. Il fait partie de cette nouvelle génération de jeunes mecs souriants et joueurs qu’on imagine volontiers bondissants dans les champs comme des kangourous boxeurs.
Sur un stage de préparation à Ridanna, pas très loin d’ici, nous préparions avec l’ensemble de l’équipe les championnats du monde de 2017 à Obertilliach. Dans cet hôtel un SPA. Dans le SPA des membres de l’équipe de France qui infusaient dans la piscine, le jacuzzi et le sauna. Après le sauna un bain froid.
Je ne sais plus trop car la suite s’embrouille mais j’étais dans le bain froid et Fab sort du sauna ou l’inverse. Toujours est-il que d’un coup mon horizon s’est bouché.
Je me suis retrouvée nez à nez avec un muscle pectoral immense occupant tout le champ de vision de mes deux yeux. Et quand je tournais la tête il y avait cet autre pectoral tout aussi balèze. J’ai pas osé touché pour vérifier si ils étaient vrai. J’ai 8 ans de plus que Fab et pourtant je me suis sentie petite fille hyper timide devant monsieur muscles.
J’ai dit « houlala Fab que vous avez bien de gros pectoraux »
« C’est pour mieux pousser cocotte » m’a-t-il répondu d’une voix grave.
Non je plaisante, il ne m’a pas répondu.  Il a juste souri.
N’empêche que ces gros muscles lui servent bien car en ski c’est la fusée Fab qui décolle après le portillon. Et lorsque les balles sont dedans…. Fab il est devant.
On garde tous en tête l’individuel de Polkjluka, et les 20 balles fantastiques percutant le cœur des cibles, comme autant de pensées envers un être cher. Comme autant de baisers d’adieux à la mémoire d’un père.
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